ils ont ecrit pour vous
des textes licencieux
 
mademoiselle Flora

Louis PROTAT (1819-1881)
Louis Protat était avoué près de la cour d'Appel de la Seine. Drôle d'avocat en vérité qui, entre une plaidorie et la rédaction du Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique (!), écrivait des vers grivois pour se délasser des procédures.
On lui doit le fameux Examen subi par Mlle Flora, à l'effet d'obtenir son diplôme de putain et d'être admise au bordel de Madame Lebrun, 67 bis rue de Richelieu. L'édition originale date de 1846 et a été condamnée à la destruction le 13 mars 1852. Elle est aujourd'hui est à peu près introuvable, sauf à la Réserve de la Bibliothèque Nationale.
Examen subi par Mlle Flora,
à l'effet d'obtenir son diplôme de putain
et d'être admise au bordel de Madame Lebrun, 67 bis rue de Richelieu
Mademoiselle Flora, Dix-sept ans...
Dix-sept ans, des yeux noirs et fendus en amande,
Avec des cheveux blonds,
une bouche un peu grande,
Sans doute exprès et pour laisser voir en riant
Un brillant chapelet de perles d'Orient ;
Un sein rose, arrondi, ferme à ne pas le croire,
Un cul dur comme un marbre et plus blanc que l'ivoire,
Un con si mignonnet qu'il semblait que jamais
Même au vit d'un enfant il pût donner accès !
Tel est en raccourci l'image ravissante
De Flora la putain, qu'on croirait innocente
Et vierge, tant ses yeux rayonnent de candeur,
Tant tout en elle exhale un parfum de pudeur,
Et qui vient cependant, loin d'être encor novice,
Ayant fait dès longtemps ses débuts dans le vice,
Sans avoir peur, sans être émue un seul instant,
Et comme devinant un succès éclatant,
Passer cet examen aux fatales épreuves
Pour lequel la Lebrun demande tant de preuves !
Dont il faut nettement, sans hésitations,
Résoudre ex abrupto toutes les questions
Pour acquérir le droit de voir couler sa vie
Dans ce charmant bordel que toute fille envie,
D'y vendre au poids de l'or toutes les voluptés,
Et des charmes, souvent, qu'on n'a pas achetés.
A midi, dans la salle en ce but préparée,
De toutes ses putains la Lebrun entourée,
Assise gravement sur un moelleux sofa,
Tenant sur ses genoux un énorme angora,
Donne l'ordre de faire entrer la néophyte.
La jeune fille fut aussitôt introduite.
Un simple peignoir blanc, à peine retenu,
Laissait entièrement ses épaules à nu,
Et sa gorge charmante, au lieu d'être enfermée
En un affreux corset qui l'aurait déformée,
Montrant à découvert ses deux globes polis,
Se tenait d'elle-même et sans faire aucuns plis.
Elle était ravissante !... Aussi, dans cette salle
Où pas une en beauté ne se croit de rivale,
Chacune, malgré soi, sentant ce qu'elle vaut,
Au lieu de l'admirer lui découvre un défaut :
L'une de ses cheveux critique la nuance
Et prétend hautement qu'ils frisent la garance ;
L'autre dit que sa gorge a l'air d'un mou de veau,
Et toutes sont d'accord que ce n'est qu'un chameau !
Flora, sans s'inquiéter de leurs criailleries,
D'un geste réfuta leurs sottes railleries,
Et jusqu'au nombril retroussant son peignoir,
Leur montra qu'étant blonde elle avait le poil noir !
Nulle autre ne fit voir une beauté pareille !...
Prises au trébuchet, toutes, baissant l'oreille,
Ne purent rien trouver contre un tel argument
Et gardèrent alors un silence prudent.
La Lebrun, qu'amusait beaucoup cette aventure,
Pour sa nouvelle fille en tira bon augure.
 
La Lebrun
- Petite, lui dit-elle, allons, viens te placer
Sur ce tabouret-là : je m'en vais commencer.
Pour être admise ici, sais-tu bien, ma chérie,
Qu'il faut être très-forte en polissonnerie ?...
Que pour vendre l'amour, il ne nous suffit pas
D'avoir de jolis yeux, d'avoir de frais appas,
Une gorge bien ferme et des fesses bien blanches,
Une croupe soignée, un beau cul et des hanches ?...
Qu'il faut de tous ces dons savoir bien se servir,
Savoir les employer à donner du plaisir
A ceux qui dans nos bras cherchent la jouissance,
Ensemble ou l'un d'eux seul, selon la circonstance,
Surtout selon l'argent donné par le miché ?...
Qu'il faut promettre avant d'enlever son corset
Et jamais ne l'ôter, à moins pourtant que l'homme
Ne se laisse tenter et ne triple la somme ?...
Mais au lieu d'examen je fais une leçon ;
Assez comme celaSais-tu d'abord quel nom
Donner à l'instrument par où le mâle pisse
Et par lequel aussi lui vient la chaude-pisse ?
 
Flora
- L'académicien dit : mon "vit",
le médecin ma "verge";
le curé : "mon membre",
une putain : la "queue";
il est nommé "pine" par la lorette ;
Une "chose" ou bien "cela", par une femme honnête,
"jacques" par le farceur ;
"braquemard", par l'étudiant ;
La "babite au petit", par la bonne d'enfant ;
Le jeune homme puceau l'appelle son "affaire" ;
L'ouvrier, son "outil" ;
la grosse cuisinière, une "courte" ;
il devient "dard" avec le pioupou
Mais si vous entendez : mon "noeud" ! c'est un voyou !
 
La Lebrun
Parfaitement, la chose est très bien expliquée
Et par personne ici ne sera critiquée.
Peux tu me dire aussi tous les différents noms
Que l'on donne parfois aux deux brimborions
Qui sont pendus après ?….
 
Flora
- J'essayerai. Les "arsouilles",
Si vous les embêtez, vous répondent : "mes couilles" !
L'apprenti carabin, dit en se rengorgeant :
Ça c'est un "testicule" ! un banquier, un agent
De change, un financier disent qu'ils ont des "bourses" ;
Un vieux passionné les appelles les "sources"
D'ou jaillit à flots blanc la sève du plaisir
Que rarement hélas ! il parvient à saisir !
Le troupier, mes "roustons" ; le cocher, mes "roupettes" ;
Le marchand de coco, mes "gourdes", les grisettes,
Des "machines"…
 
La Lebrun
- Très bien ! petite sur le con
Je ne te ferais pas la moindre question.
Tu connais cet objet, puis la langue française
Est encore aujourd'hui si pauvre et si niaise
Qu'elle n'a vraiment pas deux termes pour nommer
Ce petit trou mignon, qui sait si bien charmer ;
Sources de voluptés si douces et si suaves,
Et duquel bien souvent, l'homme devient esclave !
Et maintenant, voyons si tu sais comment
Des deux sexes on peut nommer l'accouplement ?
 
Flora - Tout le monde a peu près, putain ou femme honnête,
Ministre ou chiffonnier, marquise ou bien grisette,
Dit : faire ça ; piner est le mot des maçons ;
Monter chez une fille en lui disant : oursons,
Est une expression commune, et saugrenue,
Et propre aux palefreniers ; le femme entretenue
Dit : aimons ; le commis se plaît à rouscailler ;
Le terme que les vieux préfèrent employer
Est : enfiler ; aux champs, le paysan bourrique ;
Je vais tirer mon coup, ma crampe ou bien ma chique,
Dit un futur Gerbier ; et l'homme marié
Baise tout simplement, quand il peut, sa moitié.
 
La Lebrun
- Connais-tu, de baiser, les diverses manières ?
 
Flora
- Toutes, ce serait trop ; mais les plus ordinaires.
C'est ventre contre ventre et la femme dessous ;
Celle-là satisfait à peu près tous les goûts ;
Celui dont la pine est molasse, et filandreuse
Et lente à décharger, fout à la paresseuse.
En levrette est encore un moyen fort joli
Quand on a sous son ventre un cul ferme et poli ;
C'est pour faire un enfant une bonne recette,
Qui fut, dit-on, donnée à Marie-Antoinette ;
Louis seize enchanté tellement en usa
Que, depuis, autrement jamais il ne baisa.
Mais je dois l'avouer, par dessus toute chose,
Je préfère surtout une certaine pose :
Le mâle sur le dos, sous la femme est placé ;
Son corps est fortement avec l'autre enlacé ;
La femme d'une main lui pelote la couille
L'autre dans mille endroits en tous sens le chatouille ;
L'homme de sa main droite, ou lui fait postillon,
Ou la glisse en dessous et lui branle le con ;
La gauche autour du cou bien doucement passée
Taquine le bouton de la gorge agacée ;
Il admire du cul les bonds impétueux,
Qui s'élève semblable aux flots tumultueux,
Redescend aussitôt pour s'élever encore,
Alimente, et nourrit le feu qui dévore.
Les membres sont mêlés, les souffles confondus ;
Les deux corps en un seul semblent s'être fondus.
Le foutre à jets brûlants de la pine s'élance :
C'est une volupté, c'est une jouissance
Qu'on éprouve et ressent, qu'on ne peut exprimer.
On ne voit, n'entend rien … On vient de se pâmer.
(...)
 
La Lebrun
- Quelle est pour le plaisir l'heure la plus propice ?
 
Flora
- Selon moi, c'est le soir. Dès que le sacrifice
Se trouve consommé, l'on se tourne le dos,
Et sur vos fronts Morphée, effeuillant ses pavots,
Pendant que la veilleuse agonise dans l'urne,
On peut faire à deux nez un superbe nocturne.
Pour le coup du matin j'ai de l'aversion,
Et je ne m'y soumets qu'avec répulsion.
Le lit est imprégné de cette sueur moite
Qui fait toujours trouver large la plus étroite ;
Car du con qu'elle baigne, elle amollit le bord
Et sans rien ressentir le vit entre et ressort ;
Puis, lorsqu'on a dormi, l'haleine est si mauvaise,
Que, pour faire une langue, on n'est pas à son aise.
Enfin beaucoup sont près de ce désagrément
Qui frappait le matin sur mon dernier amant.
S'il bandait, de pisser c'est qu'il avait envie ;
Et sa queue en était tellement engourdie,
Qu'il ne déchargeait pas… s'il venait à pisser ;
Et qu'ensuite il voulait encore recommencer.
J'avais beau patiner sa couille renfrognée
Lui faire avec cinq doigts la patte d'araignée,
Sa pine peu sensible à mes soins superflus
Demeurait flasque et molle et ne rebandait plus.
 
La Lebrun
- Je suis de ton avis ; aussi lorsque ma motte,
Qui n'est plus aujourd'hui qu'une vieille marmotte,
Rayonnait de fraîcheur, de sève et de santé,
Et que mon clitoris par tous était fêté,
Aurait pu faire au tien beaucoup de concurrence,
Au soir, j'ai comme toi, donné la préférence.
J’ai longtemps exercé, mais j’ai vu rarement
Une putain sachant branler parfaitement.
As-tu là dessus une étude profonde ;
Et te sens-tu de force à contenter le monde ?
 
Flora
- Je l’espère et pourtant si j’ai reçu du ciel
Ce talent admirable et providentiel,
(Car on peut devenir une bonne fouteuse,
Mais on ne devient pas, il faut naître branleuse),
Toutefois la pratique et l’art et le travail
M’ont nécessairement appris plus d’un détail,
Dont je sais à propos faire un très bel usage,
Selon l’individu, surtout selon son âge.
Mais, pour faire jouir, j’ai d’ailleurs un moyen
Qui, jusqu’à ce jour m’a réussi très bien.
Du vit dans mes deux mains je fais rouler la tête
Vite et fort, par instant tout à fait je m’arrête ;
Quand la pine se gonfle, et que le foutre est prêt
En pressant le canal, j’en modère le jet,
Je bouche quelquefois tout à fait la soupape,
Et par petits filets seulement il s’échappe.
Et ce manège-là plusieurs fois répété
Au suprême degré porte la volupté.
 
La Lebrun
- Au moyen de la langue as-tu parfois d’un chibre,
Sans le secours des mains fait raidir chaque fibre ;
Et rien qu’en pompant l’extrémité du gland
Fait jaillir de son tronc un foutre ruisselant ?
 
Flora - J’ai souvent à ce jeu prêté mon ministère.
J’en connais les secrets, les ruses, les mystères.
Cependant en suçant il est bon que la main
Joue autour des roustons un air de clavecin ;
Et lorsque du plaisir est arrivé le terme,
Dans ma bouche très bien je sais conserver tout le sperme.
 
La Lebrun
- Dans mon bordel souvent il vient beaucoup de vieux ;
Ce sont ceux-là d'ailleurs qui nous paient le mieux ;
Sais-tu par quels moyens, petite, on les amuse,
Et de quelle façon à leur égard on use ?
 
Flora
- Le vieux, plus que le jeune aime à polissonner,
Parfois il lui suffit de voir, de patiner,
De poser sur la motte une brûlante lèvre,
Il satisfait ainsi son amoureuse fièvre.
Mais souvent, par malheur, tous ces attouchements
L'aspect de ces appas jeunes, frais et charmants,
Ces formes en tout sens longtemps regardées,
Dans son crâne embrasé font germer les idées ;
C'est en ce moment là, pour le mettre en état
Et pouvoir arriver à quelque résultat,
Qu'il faut de son métier connaître les roueries,
Et n'être pas novice en polissonneries.
Dans les bordels soignés, il est un instrument,
Qui pour un pareil cas, sert admirablement :
Ce sont tout simplement deux très fortes ficelles,
Qu'on noue en lui passant par-dessous les aisselles.
On le tient pendant quelques temps suspendu dans les airs :
Alors pour l'exciter et lui raidir les nerfs ;
Tantôt on fait glisser sur ses couilles pendantes
De la plume de paon les barbes irritantes ;
Tantôt avec le doigt fourré profondément
On cherche à stimuler les chairs du fondement ;
Des pieds on lui chatouille artistiquement la plante ;
On fait une omelette et dès qu'elle est brûlante,
On l'applique aussitôt sur son vieux cul ridé.
Si son vit impuissant n'a pas encor bandé
Malgré tous les moyens qui lui viennent en aide,
Comme à tous les grands maux, il faut un grand remède.
On saisit le bouquet de verges à deux mains :
On fustige le vieux sur la chûte des reins ;
La douleur qu'il éprouve est quelque fois bien grande ;
Mais il ne se plaint pas, il est heureux... il bande !
On le décroche alors, on le met sur un lit,
Pendant longtemps encore on lui branle le vit ;
A force d'agiter cet antique viscère,
On en tire à la fin quelques gouttes d'eau claire.
Il est vrai que ce corps par mille excès usé
Demeure anéanti, moulu, rompu, brisé ;
Qu'il est sans voix, sans souffle... et qu'un bon rhumatisme
Est fort souvent hélas ! le prix de son cynisme ;
Mais lorsque nous avons rempli notre devoir
Et fait de notre mieux, nous n'avons pas à voir
De quel mauvais côté retourne la médaille :
Qu'on amène un sapin*, et que le vieux s'en aille !
 
La Lebrun
- Je ne t'ennuierai plus que d'une question :
Connais-tu bien les goûts de chaque nation ?
 
Flora - L'allemand ne fait rien ; il vient, regarde, paie
En or, et quand il s'est fait rendre sa monnaie,
S'en va fort satisfait ; le Suédois, dit-on,
Aime qu'on lui taquine un peu le hanneton ;
Le Russe gamahuche*, et l'italien encule,
L'Anglais, même au bordel, stupide et ridicule,
Fait laver quatre fois le con de la putain ;
Puis quand il est bien sûr, en y mettant la main
Et le nez, que la place est bien propre et bien nette,
Sans mot dire il se fait secouer la houlette.
L'espagnol amoureux se fait pomper le dard ;
En aisselle, en téton, le Turc met son bracmard
Le Français, plus adroit, plus fécond en pensées,
N'a pas à cet égard de routes bien tracées.
Selon l'âge, l'époque, et selon ses désirs,
Il sait habilement varier ses plaisirs.
Mais quand, parfois il trouve une motte bien fraîche,
Ce qu'il aime avant tout, c'est faire tête-bèche.

 
La Lebrun
- Je suis contente... Après un pareil examen,
Tu me feras honneur et profit : Dès demain
Je ferai demander ta carte à la police,
Et tu pourras alors commencer ton service.
 
La Lebrun tint parole...
Et du bordel depuis
Flora fait les beaux jours...
surtout les belles nuits.
 
 
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