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Jean TARDIEU Paul Jean TOULET

J. TARDIEU Jean TARDIEU

1903-1995
Conversation
(Jean TARDIEU)
(sur le pas de la porte, avec bonhomie.)

Comment ça va sur la terre ?
- Ça va ça va, ça va bien.
Les petits chiens sont-ils prospères ?
- Mon Dieu oui merci bien.
Et les nuages ?
- Ça flotte.
Et les volcans ?
- Ça mijote.
Et les fleuves ?
- Ça s'écoule.
Et le temps ?
- Ça se déroule.
Et votre âme ?
- Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.
 
La soirée du pianiste
(Jean TARDIEU)
L’artiste est à son piano,
Sa main droite joue en solo,
Ses cinq doigts sont longs et fins
cinq fois un, cinq

Puis, des deux mains, il s’enhardit
cinq fois deux, dix.

Le piano tonne, hurle, grince,
cinq fois trois, quinze
Un dernier accord, c’est la fin !…
cinq fois quatre, vingt.

Après le concert, le pianiste trinque,
cinq fois cinq, vingt-cinq.
Puis, il rentre dans sa soupente,
cinq fois six, trente,

Passe sa chemise en lin,
cinq fois sept, trente-cinq
Puis, sa tête devient dolente,
cinq fois huit, quarante...

Il dort déjà. Tout est éteint,
cinq fois neuf, quarante-cinq,
Sauf la Lune, qui se lamente,
cinq fois dix, cinquante...
 

pj; toulet Paul Jean TOULET

1867-1920
A Londres je connus Bella
(Paul Jean TOULET - Contrerimes)
A Londres je connus Bella,
Princesse moins lointaine
Que son mari le capitaine
Qui n’était jamais là.

Et peut-être aimait-il la mangue ;
Mais Bella, les Français
Tels qu’on le parle : c’est assez
Pour qui ne prend que langue ;

Et la tienne vaut un talbin.
Mais quoi ? Rester rebelle,
Bella, quand te montre si belle
Le désordre du bain ?
 
Aimez-vous le passé
(Paul Jean TOULET - Chansons)
Aimez-vous le passé
Et rêver d’histoires
Évocatoires
Aux contours effacés ?

Les vieilles chambres
Veuves de pas
Qui sentent tout bas
L’iris et l’ambre ;

La pâleur des portraits,
Les reliques usées
Que des morts ont baisées,
Chère, je voudrais

Qu’elles vous soient chères,
Et vous parlent un peu
D’un coeur poussiéreux
Et plein de mystère.
 
Avril, dont l’odeur nous augure
(Paul Jean TOULET - Contrerimes)
Avril, dont l’odeur nous augure
Le renaissant plaisir,
Tu découvres de mon désir
La secrète figure.

Ah, verse le myrte à Myrtil,
L’iris à Desdémone :
Pour moi d’une rose anémone
S’ouvre le noir pistil.
 
Ce n’est pas drôle de mourir
(Paul Jean TOULET)
Ce n’est pas drôle de mourir
Et d’aimer tant de choses :
La nuit bleue et les matins roses,
Les fruits lents à mûrir.

Ni que tourne en fumée
Mainte chose jadis aimée,
Tant de sources tarir...

Ô France, et vous Île de France,
Fleurs de pourpre, fruits d’or,
L’été lorsque tout dort,
Pas légers dans le corridor.

Le Gave où l’on allait nager
Enfants sous l’arche fraîche
Et le verger rose de pêches...
 
La vie est plus vaine une image
(Paul Jean TOULET - Contrerimes)
La vie est plus vaine une image
Que l’ombre sur le mur.
Pourtant l’hiéroglyphe obscur
Qu’y trace ton passage

M’enchante, et ton rire pareil
Au vif éclat des armes ;
Et jusqu’à ces menteuses larmes
Qui miraient le soleil.

Mourir non plus n’est ombre vaine.
La nuit, quand tu as peur,
N’écoute pas battre ton cœur :
C’est une étrange peine
 
Jean TARDIEU Paul Jean TOULET
 
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